Médaille

Calendrier Braille

Comment créer une médaille-calendrier, adaptée pour les aveugles, et voir son travail bloqué au fond d’un tiroir ?

Médaille-calendrier 2003

Chaque année, la Monnaie de Paris éditait une ou plusieurs médailles-calendrier. En prévision de 2003, déclarée « année du handicap », le Directeur de la Monnaie avait demandé que l’on étudie la faisabilité d’une telle médaille pour les aveugles. Ayant déjà travaillé pour le monde des non-voyants, notamment pour créer la pièce commémorative Louis Braille en 1999*, ce sujet m’a enthousiasmé !

Il m’est tout de suite paru évident que le schéma habituel des médailles calendrier, une « rondelle » en bronze de 90 ou 100 mm, était totalement inadapté pour que des aveugles puissent lire les dates sur des carrés d’environ 2 cm.

Dessin avers

Je me suis orienté vers une « médaille-objet » d’un module de 115mm, réduit ensuite à 100mm. J’ai immédiatement pensé à réaliser les douze mois sur des carrésthermoformés, de 95 mm de côté, qui seraient présentés sur une médaille-socle… J’ai étudié différentes solutions pour ranger ces cartons, dans des petites rainures (Dessin 1), ou bien dans un logement (Dessin 2)…

L’idée du module de six points qui sertde base pour écrire l’alphabet Braille, comme on le voit sur le petit jouet dont les enfants se servaient pour apprendre les lettres,s’est vite imposée à moi. J’ai donc réalisé une maquette avec 6 picots, où l’on pouvait poser 6 grosses perles, et jouer.

J’ai, parallèlement, eu l’idée que l’on pouvait imprimer de belles images, voire même des publicités sur les cartons, et que cela pouvait permettre d’amortir le surcoût obligatoire sur cet objet. J’ai donc fait cette proposition, dont le principe a été validé par M. le Directeur.

J’ai choisi deux jolies images, un zèbre et une dune du Sahara, et, pour la troisième, une des charmantes secrétaires de la Monnaie ! (Série 04)

Lorsque j’ai présenté mes dessins, un monsieur, sûrement jaloux, m’a demandé pourquoi j’avais mis cette demoiselle. Ma réponse est sortie sans préméditation : « c’est parce que je préfèrerais coucher avec elle qu’avec vous »…

Le « socle » ne pouvait pas rester nu. J’ai créé une symbolisation de la nuit et du jour, de l’ombre et de la lumière. Dans la zone sombre, un peu lunaire, les points sont dans un désordre total… Dans la partie claire, tout est bien ordonné, les points sont en creux, rangés six pas six… Sur cette partie lisse, deux points en relief permettent de positionner une feuille de papier, et ainsi, on peut s’exercer à écrire avec l’aide d’un stylet !

Un mince bandeau sépare les deux zones en zigzaguant, sur lequel est écrit : Louis Braille. Coupvray. 1809-1852. Un rayon de lumière a pénétré les ombres du monde. Helen Keller. (Texte répété deux fois).Dans la partie d’ombre, il est écrit en Braille le début de la phrase prononcée par Helen Keller : UN RAYON DE LUMIÈRE

J’avais commencé ce travail à la fin du mois de mai 2003… j’ai rendu mon dossier le 6 juin de la même année. Je n’avais pas perdu de temps ! J’avais même cherché et trouvé six très belles perles en verre, qui devaient remplacer les perles grises de ma maquette… Et c’est là que les choses se sont gâtées !

Déjà, il fallait thermoformer onze cartons pour chaque médaille… Et puis,il fallait une boîte hors des dimensions standard ; il fallait percer six trous pour y mettre des picots… et, pour couronner le tout, voilà qu’il fallait acheter des perles !

Mon dossier a essuyé un blocage absolu dans le bureau chargé de régler ces points, notamment l’achat des perles… Je me suis inquiété… Je suis allé voir la dame qui en avait la charge, pour savoir ce qui la gênait… Elle n’avait pas d’arguments, et m’a dit« et si les aveugles font tomber les perles » !

Je suis allé faire part de mes craintes au Directeur… Rien n’y a fait. L’inertie a eu gain de cause, et mon projet est resté dans un tiroir !

PS-1 : les chasseurs de « fautées » peuvent s’amuser : il y a une double faute dans mon projet « 3.2.6 ».

PS-2 : installé à Cluny, j’ai eu la joie d’y retrouver Gérard Desquand, ancien graveur et professeur à l’École Estienne, qui venait pour travailler sur l’ouvrage « CLUNY, SENSITINÉRAIRES », ouvrage destiné de faciliter la visite de l’Abbaye de Cluny pour les aveugles. Je lui ai fait découvrir ma maison, et le riche patrimoine civil de la ville. En insistant un peu, il a eu l’autorisation des Éditions du Patrimoine de rajouter quatre pages sur l’architecture civile (Série 10).

* Voir le livret édité par l’ANGSO, lors du salon de numismatique d’Aucamville2019.

🠊 Livret Braille.pdf

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