Médaille

International Coin Design Competition / I.C.D.C

Concours monétaire organisé par la Monnaie de Tokyo

Chaque année, la Monnaie de Tokyo lançait un appel pour participer à un concours monétaire. L’été 2001, alors que j’étais nouvellement nommé Maître Graveur, mes collègues sont partis en congé et je me suis retrouvé « chef d’atelier faisant fonction de chef de service de la gravure » ! Notre Directrice, madame Françoise Saliou, m’a fait parvenir un appel à concourir provenant de la Monnaie de Tokyo, précisant qu’elle souhaitait que l’Atelier de Gravure y soit représenté !

Le plan de charge que j’avais à gérer ne me permettait pas de distraire un graveur pour ça. J’ai demandé, lors de la réunion quotidienne que j’organisais chaque matin, si quelqu’un était intéressé pour y participer à titre privé.

J’étais, bien entendu, très tenté, vous vous en doutez, mais j’ai insisté pour qu’un « jeune » se propose. Nicolas Cozon a bien voulu à condition qu’on le fasse tous les deux. Proposition acceptée sans hésitation !

Le sujet était libre ! Ce qui pouvait passer pour une facilité a été un écueil pour beaucoup de concurrents qui se sont imposé un thème commémoratif. La liberté leur a fait un peu peur.

Nicolas et moi avons d’abord décidé de « ne pas nous prendre la tête », simplement nous faire plaisir. Cette participation devait être une récréation d’un week-end ou deux. Nous nous sommes retrouvés chez moi, nous avons discuté pour savoir ce qui était important dans la vie… Et immédiatement, les termes de VIE et d’AMOUR se sont dégagés.

Nicolas a choisi la vie, et moi, l’amour. Nous avons crayonné, chacun de son côté, puis rapidement ensemble, car il était nécessaire que nos deux dessins aient un air de famille. Nos projets n’avaient ni face ni revers comme pour une vraie monnaie, on pouvait donc tourner et enchainer… à la vie… à l’amour… à la vie…

Nicolas a traité la vie sur le thème de l’eau, qu’il a représentée par une vague explosive et écumante. J’ai traité l’amour par plusieurs soleils ardents, enlaçant un arbre de vie…

Une semaine plus tard, nous postions nos dessins, heureux d’avoir joué, et sans ne penser à rien de plus.

Lorsque les résultats nous sont parvenus, notre surprise et notre joie ont été immenses : nous étions sélectionnés pour la deuxième phase du concours, ce qui nous imposait la réalisation de maquettes. Pour nous deux, cette sélection était déjà une victoire incroyable ! Mais il fallait continuer le jeu : réaliser nos modelages à la maison, couler les plâtres, pour enfin les emballer solidement et les envoyer à Tokyo.

Commença une deuxième période d’attente, sans aucun stress puisque nous étions déjà totalement satisfaits de cette sélection ! Et finalement, parce qu’inattendue, notre joie a été débordante lorsque nous avons appris que nous étions

« THE BEST IN THE WORLD ».

Cette victoire fut accompagnée d’un joli virement de 250 000 yens pour chacun, ce qui n’était pas de refus.(2156 €, soit mon salaire mensuel à cette époque).

La remise des prix avait lieu à Tokyo, lors de la réunion annuelle des établissements monétaires. Pour Nicolas et moi, il n’était pas envisageable d’y aller. C’est donc la Direction de la Monnaie de Paris qui a reçu notre récompense : deux tirages de la pièce dans une très belle présentation, ainsi qu’une plaque gravée à nos noms. La délégation de la Monnaie une fois revenue, nous avons été étonnés que l’on ne nous appelle pas rapidement pour nous remettre notre bien lors d’une petite cérémonie !

Les nouvelles ne venant pas, nous sommes allés à la quête d’informations. Nous avons appris que nos récompenses trônaient sur les étagères à trophées dans le bureau des ingénieurs. Nous sommes donc allés nous servir manu militari*

Ø de la médaille : 30 mm / Poids : 13.50 g

Description

Face

J’ai traité l’amour par plusieurs soleils ardents, enlaçant un arbre de vie…

Revers

Nicolas a traité la vie sur le thème de l’eau, qu’il a représentée par une vague explosive et écumante.

Face : A l'Amour / dessin & gravure
Revers : A la vie / dessin & gravure (Nicolas Cozon)

Nota

Bilan : Soyons clairs : nous avons été « les meilleurs » un jour J, avec un jury X, ce qui n’a jamais voulu dire que nous étions définitivement les meilleurs. Nous avons joué, nous avons gagné, et puis nous avons repris le travail, comme tout le monde !

Nicolas Cozon : jeune collègue avec qui je me suis toujours très bien entendu. Né en 1963, il avait donc 38 ans lors de ce concours. En dehors de la gravure, il collectionnait les instruments de la famille des cuivres, et jouait de la plupart d’entre eux. J’ai le souvenir d’une sonnerie au petit bugle dans les murs de la Monnaie. Il était donc naturel que je l’aie caricaturé dans ses œuvres ! Il est ensuite parti à Pessac, où il officie encore pour quelques années.

Un de nos collègues (je ne sais plus lequel) nous a réalisé le trophée de la baguette d’or !

La réponse de Nicolas Cozon

J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec toi et avoir un « grand frère » pour participer à un tel projet… Je me rappelle qu’on avait mis nos plâtres à sécher dans l’étuve de la Monnaie, avant de les envoyer ; il y avait eu un mouvement de grève, avec les portes enchainées et plus personne ne rentrait au quai de Conti… Et nos plâtres étaient à l’intérieur, qu’il fallait expédier… Tu as pu négocier avec la CGT et on les a récupérés. Ouf !

Nicolas Cozon, le 31 juillet 2020